13 octobre 2026
21 octobre 2026
C’est avec tristesse que nous avons appris le décès de Jacques Perron, survenu à Montréal le 15 septembre dernier.
Chargé de cours à plusieurs reprises à l’École d’art de l’Université Laval il y a quelques années, Jacques Perron a notamment animé des séminaires très appréciés des personnes étudiantes.
Nous souhaitons offrir nos sincères condoléances à sa famille, à ses proches ainsi qu’à toutes les personnes qui l’ont côtoyé.
Nous vous invitons à lire le texte hommage rédigé par Nicole Gingras en octobre 2026, à la mémoire de Jacques Perron.
«Jacques Perron nous a quitté·es. Artiste habité par une fascination sans limites pour les manifestations d’apparition et de disparition des images et dont il est un des rares à capter la fugacité, il remarque et saisit la fragilité d’un battement de paupière, le cillement d’un regard, la respiration d’un corps, le souffle du vent dans un feuillage, le glissement d’une ombre sur un mur, la modulation d’un visage dans la lumière. Jacques Perron est présent.
Attentif, sensible et à l’écoute, il accompagne, guide, conseille plusieurs créatrices et créateurs, artistes, chercheuses et chercheurs, étudiantes et étudiants dans leur démarche, leurs recherches et leurs interrogations respectives. Animé par les idées lumineuses, avide de textes d’écrivains, de philosophes, d’historiens et de parcours singuliers d’artistes, il redonne aux autres ce qu’il apprend et il transforme la personne face à lui en un être intelligent, curieux et cultivé, comme seul un érudit a la délicatesse, l’élégance et la modestie de le faire.
Solitaire, privilégiant l’introspection, il sait accorder à l’ami·e toute son attention. La conversation est un rituel qui se pratique à deux, ne se prêtant que très rarement à des rencontres à trois ou à plusieurs. Cette préférence pour l’exclusivité permettra à quelques amitiés de s’épanouir sur des décennies.
On se souviendra de Jacques Perron comme d’un être réservé, discret, au regard perçant, d’un homme chaleureux et vibrant, d’un être à la fois fragile et affirmé, d’une sensibilité parfois désarmante et contagieuse, d’un lecteur passionné qui aimait communiquer et prenait plaisir à partager concepts, lectures et découvertes. Exigeant et parfois impitoyable face à son propre travail, il a su repérer chez les autres l’amorce d’une intuition dans une oeuvre ou un projet en cours, se penchant sur le travail avec générosité qu’il s’agisse d’un dessin, d’un tableau, d’un film, d’une photographie, d’un geste, d’une chorégraphie, d’un espace à transformer, d’un concept d’exposition, d’un livre, d’un texte, du titre d’une oeuvre ou encore du choix d’un mot.
Chez lui, l’image a valeur d’absolu, ce qui eut comme conséquence, à de nombreuses reprises dans son parcours, l’annonce de sa décision de cesser toute activité de création. Chercheur, penseur, l’artiste renoue chaque fois avec cette quête si personnelle de l’image qui l’a accompagné et nourri pendant plus de quarante ans et, parfois, consumé. Scintillement, battement, flottement, pulsation et saisissement se renouvellent dans une lumière noire. Quelques jours avant son décès subit et tragique, Jacques fait cadeau d’une toute récente photographie à un ami cher. Il ne le sait pas, mais ce sera sa dernière image. L’ami photographe a maintenant fermé les yeux.»
Nicole Gingras – octobre 2026